Les consultants sont partout ! Ils interviennent dans la plupart des opérations significatives de développement économique territorial. Pour autant, ce métier reste flou aux yeux d’une majorité de personnes. L’image de cette activité combine le soupçon, l’incompréhension et la pensée magique.

Mais, à quoi sert l’activité de consulting ? Quelle est la nature de la contribution des consultants ? En fait les consultants remplissent une palette assez large de fonctions que je vais tenter de vous présenter à partir de cinq portraits robots :

1 – L’expert dispose d’une connaissance et d’un savoir faire pointu dans un domaine particulier ayant souvent un caractère technique. On trouve dans cette catégorie le maître du « montage » de dossiers européens, le virtuose du marketing, le champion de l’évaluation, le fin connaisseur des clusters, etc.

2 – Le mercenaire vient faire le « sale boulot ». Il faut remettre au pas, restructurer, réduire les coûts, redresser les comptes, etc. Le mercenaire met à la disposition de son client son professionnalisme sans états d’âme.

3 – Le messager se pare d’une image de « sachant » et d’une position d’acteur neutre pour dire avec autorité les vérités qui ne seraient pas prises au sérieux si elles étaient formulées par le dirigeant.

4 – Le normalisateur à pour rôle comme son nom l’indique de « mettre aux normes du politiquement correct » afin de rassurer les actionnaires, de calmer le banquier, de bluffer les agences de notation et de passer sans encombre sous les fourches caudines des contrôleurs et des évaluateurs de tous poils.

5 – L’abeille enfin, représente le consultant qui dispose sans doute de la position la moins prestigieuse car elle ne résulte pas d’un « capital savoir » au sens traditionnel du terme. L’abeille se contente de prendre le pollen de multiples expériences pour le porter auprès d’autres acteurs. Elle capte les idées, les ambitions et les craintes de chaque acteur pour produire « le miel de l’harmonie dynamique » (amis poètes, bonsoir !) .

Cette galerie de portraits est évidemment schématique. Pris à la lettre, chacun de ses portraits est quasiment castrateur. Ainsi, le normalisateur « pur player » ne peut sérieusement promouvoir l’innovation. L’expert a du mal à connecter son champ de savoir avec la globalité complexe de son client. Le messager n’a pas de substance. Quant à l’abeille, elle papillonne (si j’ose dire). Le paradoxe tient au fait que malgré ces différences très contrastées, chaque consultant sur le terrain va être un patchwork, un « mutant » combinant, dans des proportions variables, plusieurs des cinq « ADN ».

Cette diversité de compétences et de fonctions amènent deux questions :

1 – De quel type de consultants tel ou tel acteurs du développement économique territorial a-t-il besoin ? Cela dépendra des enjeux des missions mais aussi des circonstances. Encore faut-il que les clients aient une vision claire de la nature des services qui peuvent être rendus et des rôles qui peuvent être joués.

2 – Comment l’activité des consultants doit-elle s’articuler avec d’autres métiers complémentaires, voisins ou concurrents ? Quels sont les bons termes de l’échange entre les consultants, les experts universitaires et les chercheurs ? Quelles relations l’activité de conseil doit elle entretenir avec les personnes chargé d’édicter les normes ? Quelles collaboration les consultants doivent-ils développer avec les animateurs du développement économique (CCI, ARI, technopoles, agences de développement, etc.) ? Il y a fort à parier que la clarification et l’optimisation de l’ensemble de ces échanges et de ces relations aurait un impact significatif sur la dynamique de développement économique d’un territoire.

Pierre CHAPIGNAC – Zones Mutantes

Pierre Chapignac

qui a écrit 45 articles sur Zones Mutantes.

Pierre Chapignac est spécialisé dans l’analyse stratégique et le déploiement opérationnel des services, des réseaux et des actifs immatériels. Il est le fondateur du média Zones Mutantes consacré au développement socioéconomique territorial.

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