(Source : Jonathan Scanzi©)

Le concept de tiers-lieu s’inscrit dans la problématique des lieux créatifs et de l’alchimie de la proximité et de l’échange. C’est un lieu hybride et fluide où convergent des dynamiques de développement économique, social et culturel. A ce titre, le tiers-lieu peut apparaître comme la particule élémentaire du lieu créatif. Il pourrait ainsi être l’incubateur du nouveau paradigme de l’organisation socioéconomique et le « processeur de l’intelligence collective ».

 

Le 10 janvier, la page Facebook de Zones Mutantes évoquait la notion de tiers-lieu (voir la définition en fin de texte) et nous renvoyait à un article de fond écrit par Christine BALAÏ. Le contenu de ce texte s’inscrit dans le courant de réflexion assez large que nous appellerons problématique des lieux créatifs. Cette problématique regroupe les questions de la dynamique du lieu, de l’effet de proximité, de la fertilisation croisée, l’intelligence collective ainsi que le concept plus global de ville créative. Zones Mutantes a abordé cette question sous plusieurs angles, à commencer par celui des clusters et je voudrais, à travers cet article, prendre en compte ce que je pense être les apports du texte de Christine BALAÏ à la problématique des lieux créatifs. C’est également une manière d’explorer le concept de tiers-lieu et de réfléchir à la démarche qui permettrait de faire du concept de tiers-lieu un levier opérationnel au service du développement.

 

Un lieu hybride et fluide

Le tiers-lieu prend l’exact contre-pied des règles qui ont présidé à la structuration de la société, de l’économie, de l’espace, c’est-à-dire les règles de la spécialisation exclusive. La dynamique du monde industriel puise sa force dans la concentration sur un segment donné. Tous les aspects de la vie en société sont ainsi catégorisés. Dans un tel univers, la cohérence se construit au niveau du pouvoir central. Le tiers-lieu est, par nature, « entre deux » (entre espace personnel et espace ouvert, domicile et travail, convivialité et concentration, etc.). On constate que le mode de fonctionnement du tiers-lieu est à l’opposé des formes traditionnelles. L’ouverture sur de multiples sujets et de multiples regards remplace la focalisation de la spécialisation. La convivialité et l’informel se substituent à « l’esprit de sérieux ». La conversation est au cœur de l’échange et non plus à sa périphérie. C’est pourquoi j’évoque la fluidité par opposition à la rigidité inhérente à tout formalisme.

L’émergence des tiers-lieux traduit une rupture radicale dans le paradigme organisationnel. Le modèle fondé sur le triptyque centralisation, segmentation, spécialisation qui a permis les immenses succès de l’ère industrielle s’est épuisé. Il est remplacé par le modèle du réseau qui, lui, se fonde sur le triptyque polycentrisme, interconnexion, fertilisation croisée. Ce n’est ni le fruit d’une révolution culturelle ex nihilo, ni le fait d’une mutation génétique (la génération Y). C’est l’aboutissement du développement social qui s’exprime à travers les systèmes techniques, les niveaux de la connaissance et son mode de partage, les modalités de coordination et d’organisation, etc. Nous sommes aujourd’hui rentrés dans un nouvel univers sociétal (et donc économique) sans encore être capables d’en maîtriser les règles et les tiers-lieux constituent sans doute un laboratoire de ce futur sociétal.

 

Une convergence des dynamiques de développement économique, social et culturel

Les espaces de coworking constituent un modèle de tiers-lieu avec, par exemple, l’expérience de La Cantine. Si la mise à disposition de mètres carrés est une caractéristique de l’espace de coworking, cette dimension matérielle n’est en rien déterminante. La clé de voûte de cet espace réside dans la dynamique polymorphe et globalisante du réseau. L’activité économique va se nourrir des rencontres et des contacts multiples que permet l’espace. Les valeurs partagées – c’est-à-dire l’état d’esprit et la culture commune – vont générer la confiance, base de rencontres fructueuses. Les contacts établis vont bénéficier de la connexion de chacun avec le territoire qui englobe cet espace de coworking. L’étendue de l’incertitude liée au melting-pot va induire un imprévu fécond, une fertilisation croisée. Et, bien sûr, ce mouvement brownien produit du lien social, la puissance de celui-ci étant proportionnelle à la force et à la vitesse du dit mouvement brownien. In fine, les espaces de coworking comme les tiers-lieux, de manière générale, se caractérisent comme des communautés denses : partage, échanges, collaboration, capitalisation des connaissances, autonomie, place centrale de la « subjectivité humaine ». Et, dans ces ensembles, les trois dimensions économique, sociale et culturelle avancent de concert, chacune étant la ressource mais aussi le produit des deux autres.

 

Le tiers-lieu est-il la particule élémentaire du lieu créatif ?

En traitant dans Zones Mutantes de diverses formes d’organisation jouant un effet de levier pour le développement socioéconomique et pour l’innovation, nous avons essayé de trouver, à travers la notion de « lieu créatif », une formulation qui caractérise cette alchimie de la proximité, cette réaction en chaîne des intelligences engendrant simultanément de l’innovation et une puissante énergie propulsant le développement. En analysant l’article de Christine BALAÏ, j’en arrive à la question suivante : le tiers-lieu ne doit-il pas être considéré comme la particule élémentaire de chaque lieu créatif ? Si oui, cela veut dire qu’il faut greffer des tiers-lieux dans chaque entité ayant pour vocation d’être un lieu créatif, en premier lieu les clusters, les pôles de compétitivité et les structures d’accompagnement de l’innovation comme les technopoles par exemple. Sans cette greffe, ces entités resteraient en quelque sorte stériles. Bien évidemment, cela suppose de maîtriser une véritable ingénierie des tiers-lieux.

 

Le tiers-lieu, incubateur du nouveau paradigme de l’organisation socioéconomique ?

Alors, quel est l’état de l’art en matière d’ingénierie des tiers-lieux ? Ma connaissance du sujet est bien trop limitée pour apporter une réponse crédible. Et j’en appelle à chacun : si vous avez des éléments de réponses, des expériences significatives, nous les publierons ou nous les relaierons. Mes limites sur le sujet ne m’empêchent pas de mettre en avant quelques éléments qui font sans doute partie de cette ingénierie.

Premier point, l’animation apparaît comme la condition indispensable, voire le socle du tiers lieu. Cette animation a pour rôle de stimuler la « connectivité », de cristalliser les pôles d’échanges et de fertilisation croisée, de tuteurer les innovations et les initiatives créatives naissantes et de piloter la capitalisation des connaissances et des expériences. L’importance du travail d’animation dans les dynamiques de réseau est l’équivalent de l’importance de l’organisation formelle dans le monde industriel. Dans les deux cas et, malgré leurs caractères antinomiques, il s’agit de générer de la cohérence. Sans cohérence, c’est la victoire de l’entropie.

Second point, il doit exister une certaine culture commune, des valeurs partagées et ou un « état d’esprit ». Ouverture, échange, partage, convivialité, goût de la créativité et de l’innovation, sont en quelque sorte des pré-requis des tiers-lieux. A ce propos, la place du numérique dans ces dynamiques m’apparaît doublement significative. C’est d’abord la superposition entre l’état d’esprit présidant aux tiers lieux et la « culture du libre » avec ses dimensions de partage, de collaboration en réseau et de bien commun. La place du numérique est également l’expression du caractère essentiel de l’information et de la connaissance partagée dans les tiers-lieux. Le socle numérique apparaît comme une condition nécessaire au tiers-lieu. On notera d’ailleurs que le développement de la culture numérique et de ses usages apparaît comme un moyen de diffuser l’état d’esprit des tiers lieux.

Troisième point, les tiers-lieux naissent à partir de formes préexistantes, de conditions spécifiques et/ou de prémisses. La Cantine, référence en matière de tiers-lieu, est née de la combinaison d’une action collective d’entreprises (le cluster Silicon Sentier), d’une culture numérique puissante et d’un soutien des pouvoirs publics qui ont fait les investissements, qui ont crée les conditions matérielles à la cristallisation du tiers-lieu. Christine BALAÏ cite d’autres exemples comme La Ruche, le 104, etc. mettant en lumière la diversité des tiers-lieux et de leurs points de départ (l’économie solidaire et durable, la culture, etc.). L’auteur s’interroge également sur les prémisses à partir desquels il est possible d’impulser des tiers-lieux : espaces publics numériques (EPN), bibliothèques, centres culturels, espaces sociaux, maisons de quartiers, cybercafés sociaux, etc. Je rajouterai les librairies dont l’activité commerciale classique est menacée mais dont le rôle de « foyer culturel » est à valoriser.

 

Le tiers-lieu et l’intelligence collective

Ainsi, les tiers-lieux semblent avoir le potentiel pour assurer un rôle de maille dans l’émergence d’une nouvelle dynamique sociale, culturelle. Le sentiment d’une mutation profonde de la société est largement partagé. Une majorité d’observateurs sont convaincus que cela ne peut naître de décisions centrales et que la règle de l’émergence repose sur le principe du bottom up. Il reste à savoir comment procéder pour la mise en œuvre. Une recherche rapide sur Google permet de constater que la réflexion collective sur ce point est puissante.

Pour conclure, je voudrais insister sur le lien entre la dynamique des tiers-lieux et l’intelligence collective. Au-delà des fantasmes que nourrit cette notion, l’intelligence collective repose sur les principes mêmes du tiers-lieu : ouverture, partage, échange, etc. Le tiers-lieu pourrait donc se définir comme le « processeur » de l’intelligence collective.

Comme tout phénomène social, le tiers-lieu a une double dimension, une rupture et une innovation pour une part et la reprise de

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dynamiques sociales anciennes sous une forme renouvelée. A ce titre, les tiers-lieux évoquent l’histoire du Bauhaus.

 

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Définition du tiers lieu par Patrick GENOUD cité par Christine BALAÏ : « Alors que la maison et les endroits de vie constituent les « premiers-lieux », les « second-lieux » sont les places de travail où les individus passent le plus clair de leur temps. Les « tiers-lieux » représentent pour leur part des points d’ancrage de la vie communautaire qui favorisent des échanges plus larges et plus créatifs au niveau local et permettent ainsi d’entretenir la sociabilité urbaine. Ces lieux ne sont pas les espaces publics habituels (aéroports, gares, parcs) qui voient passer une foule hétérogène. Ce sont des endroits plus localisés et dont l’espace, favorisant les liens et les échanges, a été accaparé par les individus »

 

Les publications récentes de Zones Mutantes sur la problématique des lieux créatifs :

La ville créative et le développement socioéconomique

Des villes renouvelées et des campagnes en cours de reingeniering

 

 

Pierre Chapignac

qui a écrit 104 articles sur Zones Mutantes.

Pierre Chapignac est spécialisé dans l’analyse stratégique et le déploiement opérationnel des services, des réseaux et des actifs immatériels. Il est le fondateur du média Zones Mutantes consacré au développement socioéconomique territorial.

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