En référence à l’exemple londonien « The people’s supermarket », l’article « J’aime les supermarchés communautaires » insiste sur la recherche de sens dans l’activité économique, sur l’intérêt du troc ainsi que sur le développement de liens sociaux et l’auto-organisation. Quel est le lien entre ces trois caractéristiques ?
Comme le suggère l’article, elles sont toutes les trois des conséquences de la crise. Mais, ce sont aussi des marqueurs : pourquoi a-t-on besoin de reconstruire le lien social ? parce que le système dans lequel nous vivons tend aujourd’hui à détruire le lien social. La place de l’argent ressentie comme hégémonique semble dissoudre le sens et les liens. Au risque de caricaturer, on pourrait dire que la dimension abstraite de l’argent génère un profond sentiment de vide.
Cela permet de constater que la crise est profonde car elle touche aux dynamiques sociales de base comme le sens de ce que chacun fait et de ce que nous faisons ensemble, nos liens sociaux ou encore les échanges. Il semble que les mécanismes qui sont liés à la société complexe qu’est la notre se sont inversés. Ce qui a été une puissance de développement* apparaît comme une force destructrice.
Cette situation est aussi un puissant moteur pour l’innovation sociale qui, comme le montre l’article « j’aime les supermarchés communautaires » résulte d’une réponse concrète novatrice aux problèmes créés par la crise à des « gens ordinaires ». l’innovation sociale se glisse dans les interstices du système social. Elle occupe les friches délaissées par les courants dominants.
Pour autant, la profusion actuelle de telles initiatives peut-elle apporter une solution durable à la crise ou au moins à certains effets de cette crise ? Plusieurs arguments poussent au pessimisme. D’une part, ces expériences sont très fragiles par leur nature même. En second lieu, le système dominant a montré jusqu’à ce jour sa capacité à « récupérer » les initiatives les plus dynamiques (cf. le microcrédit et le système bancaire). Enfin, ces projets restent très empiriques et ne concernent pas le cœur de la crise mais simplement des conséquences de cette crise. On peut opposer à ce feu nourri des arguments fondés sur « l’obsolescence du vieux monde » centraliste et sur le rôle désormais déterminant du bottom-up. Cette thèse ouvre de nombreuses questions: comment se cristallise le processus d’agrégation des différentes initiatives ? Comme s’organise la capitalisation de l’expérience ? Quel est le rôle de la fonction politique ? etc.
Le débat est ouvert !
Crédit Photo : mermaid99 CC BY-NC-ND 2.0
Pierre Chapignac
qui a écrit 54 articles sur Zones Mutantes.
Pierre Chapignac est spécialisé dans l’analyse stratégique et le déploiement opérationnel des services, des réseaux et des actifs immatériels. Il est le fondateur du média Zones Mutantes consacré au développement socioéconomique territorial.




