Les échanges numériques permettent de tricoter des liens sociaux qui évoquent ceux des communautés villageoises. Mais, ils iront bien au-delà. Ils ouvrent la voix à un lien social beaucoup plus riche. Il reste à savoir comment optimiser cette dynamique.

Dans son article « La ville numérique ou le retour à l’époque de Don Camillo », Jonathan constate que la vie villageoise présentait de nombreuses caractéristiques que nous essayons de réinventer aujourd’hui avec le numérique : information fluide, interaction entre les individus, rôle des « plateformes d’échanges » qu’étaient les cafés et les églises. Puis, il nous pose entre autre la question : au final, le numérique peut-il nous emmener plus loin que ce que nos grands-parents ont connu dans les villages ? »

Pour répondre, il faut préciser ce que l’on met derrière le terme de numérique. L’auteur traite à mon avis de l’usage du numérique comme outil d’échange et d’interactivité dans la vie sociale des hommes. Il est vrai que les réseaux sociaux par exemple constituent pour une part le simple support technique d’échanges qui existaient sous d’autres formes à l’heure villageoise. Mais cette similitude appelle immédiatement deux commentaires.

En premier lieu, entre l’époque des communautés villageoises (c’est-à-dire quand la majorité de la population vivait de l’agriculture) et l’avènement des réseaux sociaux sur internet, il y a eu un grand vide. Et, pendant ce grand vide, le tissu social a eu tendance à se détricoter, notamment après la fin des grandes concentrations ouvrières qui avaient su inventer de nouvelles dynamiques communautaires. De ce point de vue, le numérique participe à la reconstruction du lien social ; il suffit de regarder comment la fameuse génération Y se sert de Facebook pour le comprendre. Mais, construit-on le lien social à l’identique de ce qu’il était dans les villages et les réseaux numériques peuvent-ils à eux seuls tricoter le lien social ? Evidemment, deux fois non. Il y a même fort à parier que les réseaux sociaux et l’ensemble des échanges numériques vont contribuer à construire un lien social beaucoup plus riche, lien social qui intégrera certainement les formes plus anciennes (lieux de rencontres physiques, dimensions festives, etc.).

Le second commentaire concerne le processus d’apprentissage. Entre l’apparition d’une offre technique et l’exploitation de tous les possibles associés à cette offre technique, il se passe un temps non négligeable. Ce temps est celui de l’apprentissage mais aussi celui de l’innovation sociale. Les utilisateurs vont explorer tous les possibles, inventer des solutions non prévues par les concepteurs, etc. Or ce temps d’apprentissage et d’innovation sociale est loin d’être terminé.

En conclusion de son article, Jonathan s’interroge sur l’interconnexion et les synergies entre les nouveaux écosystèmes. C’est incontestablement une question essentielle et je crois utile que nous nous la posions en termes stratégiques c’est-à-dire du point de vue de l’action : comment contribuer à ces dynamiques, les infléchir, les piloter, y agir pour faire émerger un puissant « facteur de production » culturel, social et économique ?

(Crédit photo: Wonderlane on Flickr)

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Pierre Chapignac

qui a écrit 94 articles sur Zones Mutantes.

Pierre Chapignac est spécialisé dans l’analyse stratégique et le déploiement opérationnel des services, des réseaux et des actifs immatériels. Il est le fondateur du média Zones Mutantes consacré au développement socioéconomique territorial.

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