Lors de son assemblée Générale, France Clusters a présenté des « Propositions pour une nouvelle stratégie industrielle fondée sur les clusters territoriaux, porteurs d’un million d’emplois dans leur 50.000 entreprises ». Cela témoigne du poids économique et stratégique que les clusters ont pris en à peine plus de 10 ans. 

 

Il y a plus de dix ans, une assemblée générale du CDIF (1) choisissait son président en la personne de Jean-Pierre BEL. Maire de Lavelanet, ville de l’industrie du textile habillement, secteur fortement concerné par la dynamique de SPL (2). L’ouverture le 21 juin 2012 de l’assemblée générale de France Clusters par le même Jean-Pierre BEL met rétrospectivement en lumière le caractère balbutiant des clusters en France il y a à peine plus de dix ans : Le public qui élut alors le Président BEL était plutôt maigre. Et le poids industriel des SPL présents était pour le moins marginal. Ainsi, la réunion du 21 juin met en exergue le chemin parcouru et, par voie de conséquence, l’incontestable succès de France Clusters. Mais plus encore, cette dernière Assemblée Générale marque un saut qualitatif dans la place des clusters dans le paysage socioéconomique.

 

Les clusters ont acquis un poids économique de premier plan. Rappelons nous le profil dominant des clusters membres à la fin des années 90 : des petits groupement de PME des secteurs industriels traditionnels (mécanique, textile-habillement, …)  subissant de plein fouet la mondialisation. On était loin du côté « winner High Tech »  qui sied au héros économique contemporain ! Aujourd’hui, les entreprises engagées dans la démarche de clusters sont dans la position inversent et elles peuvent être considérées comme ayant une position avancée en terme de stratégie de développement. Pour mettre en avant le poids économique des clusters, France Clusters cite régulièrement trois chiffres : les 150 clusters membres de l’association représentent 50.000 entreprises et 1.000.000 d’emplois. Cette approche quantitative minore cependant la réalité qualitative : les 50000 entreprises citées sont des entreprises fortement impliquées dans des démarches d’innovation. Elles fondent leur avenir sur la grande alliance entre les entreprises, la recherche et le territoire. Elles sont actives à l’international en s’appuyant notamment sur la puissance des grandes entreprises au sein des pôles de compétitivité. Ainsi, au-delà de leur nombre, les entreprises membres des clusters apparaissent comme les entreprises motrices du développement.

 

Ce poids économique est le socle d’un poids stratégique majeur. Confortée par la stratégie européenne, la politique de l’Etat accorde une place de premier plan aux pôles de compétitivité qui sont des éléments structurants de la dynamique industrielle et de la R&D. Le récent rapport d’évaluation met en lumière le processus positif à l’œuvre (3). A cela s’ajoute la stratégie des grappes d’entreprises et les actions régionales de développement des clusters. Cet ensemble n’est pas parfaitement cohérent et l’articulation entre les différents types de clusters dispose encore de marges de progression. Cependant, à travers de multiples ajustements, la coordination des différents clusters s’améliore. Les clusters dans leurs diversité et leur complémentarité s’imposent désormais comme le premier vecteur du développement socioéconomique.

 

Une fois le poids économique et le poids stratégique acquis, il reste à les transformer en poids politique. Autrement dit, il faut passer d’un état objectif des forces en une capacité d’influence. C’est l’enjeu que France Clusters a pris en compte très en amont. Les batailles autour de la fiscalité des pôles de compétitivité, pour le financement des PME, pour la trésorerie des clusters, etc. témoignent de cet engagement constant. L’accueil par le Président du Sénat et la présence active de Luc ROUSSEAU, Directeur Général de la DGCIS attestent d’une légitimité indispensable à la capacité d’influence. Enfin, la volonté de consolider le rôle des clusters s’est exprimée de manière très nette avec les « Propositions pour une nouvelle stratégie industrielle fondée sur les clusters territoriaux, porteurs d’un million d’emplois dans leur 50.000 entreprises ».

 

Ces propositions puisent leur pertinence dans leur articulation avec quatre piliers du développement socioéconomique contemporain : (1) une dynamisation de l’industrie s’appuyant sur l’innovation, les PME et une croissance de qualité, (2) le développement à l’international de l’économie française, (3) un renforcement et une organisation l’alliance entre les entreprises, le territoire et les producteurs de connaissance ainsi que (4) la cristallisation d’une stratégie de développement des compétences basée sur les clusters et le territoire.

 

Mais, cette pertinence ne doit pas masquer l’impératif d’une nouvelle manière de voir. La crise a mis à bas un modèle de développement et les acteurs économiques sont contraints d’agir à court terme tout en inventant une approche innovante du développement et de la croissance. Prenons deux questions centrales, le développement industriel et le rôle des territoires. L’industrie qui émergera de la crise n’aura que peu de point commun avec le l’image traditionnelle faite de massification de main d’œuvre, de machines et de produits. La capacité à piloter par l’aval, la réorganisation en écosystèmes bousculant les logiques sectorielles, l’enjeu des compétences et des connaissances, etc., tout cela fait monter en puissance une industrie très fortement renouvelée. Il en va de même pour le territoire. Hier, simples fournisseurs et gestionnaires d’infrastructures standards, « les territoires s’affirment de plus en plus comme des opérateurs spatiaux et politiques » (5). Autrement dit, le territoire est devenu un acteur stratégique. Cette mue se traduit notamment par le rôle clé des territoires dans le développement des actifs stratégiques que sont devenues les compétences. C’est également l’implication dans les enjeux de compétitivité, le rôle d’animation de la dynamique économique grâce notamment à des environnements de services, etc.

 

En mettant en avant le rôle clé des « clusters territoriaux » France Clusters a fait un pas important. Mais le chantier de la « nouvelle manière de voir » reste immense. Par leur rôle de poisson pilote comme par leur poids, l’implication des clusters dans l’émergence de cette nouvelle manière de voir est essentielle. C’est donc un nouveau challenge pour France Clusters.

 

(1) (club français des districts industriels, ancienne dénomination de France Clusters)

(2) Systèmes productifs locaux : dénomination choisi par la DATAR pour désigner les première formes de clusters qui feront l’objet d’un soutien de la délégation interministérielle dés 1998. À l’époque, la référence des districts industriels italiens était quasi hégémonique.

(3) le rapport d’évaluation et sa synthèse sont à télécharger sur : http://competitivite.gouv.fr/politique-des-poles/l-evaluation-de-la-2e-phase-de-la-politique-des-poles-846.html

(4) les instances dirigeantes de France Cluster ont présenté à l’AG ensemble de « Propositions pour une nouvelle stratégie industrielle fondée sur les clusters territoriaux, porteurs d’un million d’emplois dans leur 50.000 entreprises ». Ce document comprend quatre points principaux (1 – Une politique globale de clusters, 2 – Une stratégie d’exportation par les clusters, 3 – Une stratégie de croissance basée sur les PME des clusters , 4 – une stratégie compétences par les clusters). La conclusion porte sur les modalités de fonctionnement des clusters.

(5) (1) Stéphane Cordobes et Raphaelle Ducret – « Le territoire créatif : nouveau modèle ou utopie? » – Article réalisé sans le cadre d’une contribution au rapport du CAE portant sur la créativité et l’innovation dans les Territoires et publié sur le site prospectiver.fr.

 

 

Pierre Chapignac

qui a écrit 54 articles sur Zones Mutantes.

Pierre Chapignac est spécialisé dans l’analyse stratégique et le déploiement opérationnel des services, des réseaux et des actifs immatériels. Il est le fondateur du média Zones Mutantes consacré au développement socioéconomique territorial.

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