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Je m’étais inscrit aux rencontres MOUSTIC avec l’espoir de mieux comprendre le lien entre les usages du numérique et le renforcement du capital social. Pour que le lecteur puisse comprendre la nature de mon objectif, expliquons ce que j’entends par « capital social ». Brièvement, il s’agit de la densité sociale d’une communauté territoriale c’est-à-dire de la qualité et de la quantité (1) des connexions entre les personnes et les communautés, (2) de la connaissance partagée et (3) des projets communs. Cette définition est associée à une hypothèse : plus le capital social d’un territoire est dense et plus il y a de conditions favorables à un développement qualitatif, à l’émergence d’un territoire créatif. Ces quelques idées débouchent immanquablement sur des questions d’ordre opérationnelles : comment densifier le capital social d’un territoire ? En quoi le déploiement des usages des TIC est-il un moyen de renforcement du capital social ?

Disons le d’emblée, mon attente ne fut pas déçue, au contraire. Je peux vous citer plusieurs exemples mais faisons d’abord un focus sur l’intervention de Florence DEVOUARD que je résume sous l’intitulé « La parabole des météorites ». Elle nous a présenté, entre autre, un projet de réseau de collecte des météorites. Si le lien entre les météorites et les préoccupations des participants à MOUSTIC 2013 n’est pas évident, la démarche qui préside à la constitution de ce réseau et la règle du jeu qui l’anime est au cœur de notre sujet.

A la poursuite des météorites

Le problème de départ est le suivant : les morceaux de météorites tombés

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sur notre planète intéressent les chercheurs, des collectionneurs, des professionnels que sont les chercheurs de météorites, ainsi que des astronomes amateurs. Pour expliquer l’intérêt des météorites, Florence parle d’exploration spatiale du pauvre : plutôt que de partir dans l’espace, sachons profiter des venues de l’espace sur terre. Mais, l’accès à ces objets célestes est très difficile, le nombre de météorites collectées étant proportionnellement très faible au regard des chutes effectives de ces objets. Le dispositif présenté par Florence est simple : un quadrillage de caméras permet de repérer les chutes. Des volontaires partent à la recherche des météorites en s’appuyant sur les indications de localisation établies à partir des caméras.

Le process mis en œuvre relève à la fois de la dynamique de réseau, de la connaissance partagée et du projet fédérateur. A ce titre, les règles qui président à la dynamique du projet présenté par Florence, sont applicables bien au-delà de leur domaine d’origine. Ce processus de partage de connaissance autour d’un projet commun est en particulier un des pivots de ce que j’appelle le capital social.

Jouer collectif et mobiliser des systèmes massivement parallèles

Première règle : pour construire une solution simple face à un problème complexe et/ou constitué d’une quasi infinité de variables, il faut « jouer collectif » c’est-à-dire mobiliser une masse la plus large possible d’acteurs, construire un bien commun. Ainsi, la « foule intelligente » constitue un système massivement parallèle, chaque individu traitant une « particule élémentaire » du problème.

La diversité des acteurs décuple la capacité de connaissance et d’action

Seconde règle : pour que le process soit efficace, il faut que tous les types d’acteurs intervenant sur le domaine concerné soient mobilisés. Dans l’étude des météorites comme dans tout domaine, les acteurs entretiennent des relations de concurrence, des objectifs et des référentiels parfois incompatibles (produire de la connaissance et « faire de l’argent » par exemple). Or, chacun dispose d’un regard spécifique, d’une compétence nécessaire aux autres. Le système de connaissance et d’action est doté d’une puissance plus que proportionnelle à la diversité des regards et des compétences qu’il assemble.

Le bien commun, socle du développement du bien privé

Troisième règle : Contrairement à ce que pourrait supposer un esprit primitivement binaire, cet éloge du bien commun inévitable fruit de l’action collective ne conduit pas au sacrifice des dynamiques plus personnelles, au contraire. C’est la valeur commune créée par la démarche collective qui va servir de socle aux succès des objectifs moins collectifs des chasseurs de météorites, des chercheurs, des collectionneurs ou des astronomes amateurs.

Mobiliser la chaîne complète des connaissances

Quatrième règle : l’efficacité du process est plus que proportionnelle à la diversité des connaissances mobilisées. Cela est bien sûr en lien direct avec la diversité des acteurs impliqués, chaque famille d’acteurs disposant d’un type de connaissances. Mais, cela va au-delà. L’initialisation d’une démarche d’énumération des connaissances indispensables suffit à le démontrer : connaissance en astronomie permettant de positionner les caméras puis d’interpréter leurs images, connaissance technique optimisant l’utilisation des caméras, connaissance concrète des météorites permettant d’identifier les « traces » d’objets célestes, savoir-faire en matière d’observation de terrain, etc. Il n’y a pas de hiérarchie entre ces connaissances car leurs contributions s’avèrent autant nécessaires les une que les autres. Nous nous trouvons devant l’analogie du maillon défaillant de la chaîne : il suffit qu’un seul maillon cède pour que la fonction de la chaine ne soit plus assurée.

Capteurs, coordination et documentation

Cinquième règle : la performance du process repose sur trois éléments clés. La qualité des capteurs garantit la production des bonnes informations sur les événements pertinents. Le système d’alerte et la coordination entre les acteurs, c’est-à-dire la dynamique de réseau, sont la condition à l’efficacité de l’action. Enfin, la documentation, c’est-à-dire la formalisation rigoureuse de l’ensemble des informations relatives à une météorite constitue la base optimale aux différents types de valorisation de ces informations.

Projet partagé et langage commun, condition à la fertilisation croisée

Sixième règle : ce process que l’on peut caractériser comme une dynamique de réseau repose sur un double partage, celui du projet et celui des connaissances. Mais, il faut être précis en invoquant le principe du partage. Partager un projet signifie ici être en accord avec les objectifs poursuivis voire avec certaines valeurs et la vision du monde qui le sous-tendent. Partager les connaissances implique que l’on dispose d’un langage commun et que chacun met à la disposition de la communauté ses connaissances spécifiques. Ainsi, la notion de partage telle que je l’utilise ici évoque la communauté de vue et la mise en commun.

Le juste à temps

Septième règle : pour trouver une météorite, il faut agir vite après sa chute avant que différents phénomènes ne la rendent invisible (météo, végétation, etc.). Cette règle est généralisable, l’efficacité de l’action étant fortement déterminée par le choix du moment pour agir. On peut formuler les choses ainsi : les opportunités se présentent à certains moments et pas à d’autres, sans régularité prévisible. Il faut donc réagir « juste à temps » et pour cela, il faut être prêt. L’ensemble des ressources, des acteurs et des moyens doit être « en ordre de bataille » de façon à pouvoir mettre le dispositif « sous tension » dés que l’opportunité se présente.

L’éloge de l’incertitude

Il ressort de l’ensemble des règles ci-dessus une manière de voir qui est en rupture avec ce que l’on peut appeler la culture de l’ingénieur. Pendant des décennies de gloire industrielle le principe directeur de l’action a été la planification déterministe. Cette manière de voir a perdu sa capacité opératoire, pour des raisons de croissance de la complexité. Aujourd’hui, le paradigme émergent est celui de l’incertitude : on ne peut dire ce qui va advenir dans tel ou tel domaine car il y a plusieurs scénarios possibles ; le champ des possibles est vaste générant un monde incertain. Par conséquent, l’efficacité opérationnelle repose sur la capacité à saisir les opportunités, ce qui suppose d’une part d’être attentif, d’autre part d’être prêt (L’ensemble des ressources, des acteurs et des moyens doit être « en ordre de bataille »). Je crois avoir compris qu’il s’agit là du principal message que Florence voulait nous transmettre.

La connaissance « embedded »

On peut également déduire de la démarche de « chasse en réseau des objets célestes » une autre leçon d’importance. La connaissance collective, cette composante essentielle du capital social, n’est active que si elle est « sous tension ». Nous sommes convaincus que la connaissance collective est supérieure à la somme des connaissances individuelles qui la composent. L’articulation entre les différents types de connaissance crée une valeur supplémentaire significative et le système de connaissance issu de la mise en commun a une capacité de résolution de problème (ou de production de solution) sans commune mesure avec les « cerveaux solitaires » qui constituent la communauté. Or ce système de connaissance collective, cette connaissance partagée n’existent qu’à travers la communauté humaine qui les porte. C’est en se sens que je parle de « connaissance embedded » par analogie avec les journalistes sous contrôle des militaires dans les récents conflits armés. La connaissance en tant que ressource opératoire existe d’abord quand elle est activée par une communauté humaine. C’est en ce sens que je parle de connaissance « sous tension ». Le stockage de connaissances reste un élément secondaire au regard de la « communauté connaissante », et ce, quel que soit l’exploit technique qui lui est associé.

L’apport de MOUSTIC dépasse largement la leçon sur « la chasse en réseau des objets célestes ». Beaucoup de choses pourraient être évoquées. Dans le domaine de la connaissance partagée, la présentation d’Open Street Map vient conforter notre analyse. Les méthodes innovantes de production de connaissances (Barcamp, accélérateur de projet, atelier de co-construction, etc.) occupèrent une place importante. Elles mériteraient aussi une synthèse écrite permettant de mettre à jour le « code source » de ces pratiques. Autre élément remarquable, les trois jours de MOUSTIC furent une véritable « machine collective de production de connaissances »[1]. C’est sans doute le principal acquis de ces journées. Le défi auquel nous faisons face est celui de la capitalisation de toutes les connaissances qui ont été produites au cours de ces trois jours. Comment faire ? Qui « s’y colle » ? Quel projet collectif pouvons-nous co-construire pour mettre à jour tous les « codes-sources » ?

VOUS POUVEZ TÉLÉCHARGER ICI LES CONCLUSIONS DE MOUSTIC

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[1] Zones Mutantes a réalisé un article sur le Jam organisé à Orléans en 2010. La méthode est fort différente mais l’objectif est globalement le même : mettre en place une machine collective et éphémère de production de connaissances. Le cluster qui à monté cette opération (en partenariat avec IBM) a également organisé des Global Service Jam dans la même perspective.

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