photo by chrisdejabet on Flickr

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L’innovation est devenue un véritable mantra. Mais, derrière ce rituel de la modernité entrepreneuriale, un bouleversement est peut-être en cours. N’est-on pas en train de changer radicalement de vision sur l’innovation ? Au cours des dernières semaines, j’ai glané divers articles qui tendent à le confirmer en défendant de manières diverses une seule idée : il faut innover autrement ! Je vous propose ici deux nouvelles manières d’innover et je poursuivrai cette réflexion en forme de revue de presse la semaine prochaine.

 

Les usages et les fonctionnalités

Dans un éditorial, Thibaut De Jaegher, directeur de la rédaction de l’Usine Nouvelle, dit à propos de l’internet des objets : « connecter, ce n’est pas innover ». Et il argumente ainsi : « Non, pour rendre « smart » ces objets, il faut dépasser la question technologique. Il faut penser beaucoup plus largement leur vocation, à la manière de ce qu’Apple a initié avec l’iPhone. ». Ainsi, l’innovation serait d’abord une évolution, voire une rupture dans la fonctionnalité, c’est-à-dire dans le service effectivement rendu. Si l’on accepte cette idée, il faut donc revenir à l’utilisateur. Celui-ci a certains usages qui rendront acceptables ou non une innovation ; il rencontre des limites dans ses pratiques qui appellent d’autres innovations. Etc. Il faut donc mettre l’utilisateur et l’usage au centre de la dynamique d’innovation.

 

Le lead de l’utilisateur

Donner la place centrale à l’utilisateur peut nous laisser au milieu du gué si nous ne prenons pas en compte le rôle de l’utilisateur dans l’innovation elle-même. Constatons d’abord que l’utilisateur innove en modifiant ses usages afin de bénéficier des nouveaux possibles offerts par une innovation. C’est finalement l’utilisateur qui découvre les bons usages qu’une nouvelle solution apporte. Tout le monde se souvient que le téléphone a été inventé pour pouvoir écouter l’opéra chez soi et que l’usage des SMS fut inventé par les jeunes utilisateurs. Dans une intervention à MINES ParisTech, Eric VON HIPPEL pousse le raisonnement encore plus loin en montrant que les utilisateurs sont à l’origine des innovations, les entrepreneurs en assurant le développement industriel quand les conditions à la viabilité économique sont réunies. Voici comment Hubert Guillaud d’Internet Actu synthétise le point de vue du spécialiste de l’innovation : « Pour lui, ce ne sont pas tant les producteurs qui innovent, que les Leads users, les “utilisateurs pilotes”.

Les utilisateurs pilotes innovent au tout début du cycle d’innovation, avant d’être copiés et adoptés par d’autres utilisateurs, puis que de petites entreprises se lancent sur le marché quand elles estiment qu’elles peuvent retirer des profits d’une demande, avant que de plus grosses entreprises ne s’y mettent pour élargir la diffusion de l’innovation initiale, en lui donnant une forme qui va lui permettre d’atteindre un marché élargit. » (voir l’article Le paradigme de l’innovation par l’utilisateur). Il faut donc modifier nos stratégies d’innovation. Allons chercher les innovations émergentes poussées par les « leads users » et industrialisons celles qui peuvent l’être !

 

A travers ces deux approches de l’innovation, nous mettons en lumière le rôle de l’utilisateur au-delà de la simple prescription marketing « partir des attentes du client ». Nous nous approchons plutôt d’une démarche qui s’inscrit dans la posture design. L’usage et l’utilisateur dans leur richesse, leur complexité et leurs dimensions multiples sont le point de départ, la première brique de l’analyse ou du raisonnement. Mais, nous verrons la semaine prochaine que l’écosystème qui englobe toute dynamique socioéconomique est également au cœur des innovations les plus fulgurantes.

CC ART ZM

 

 

Pierre Chapignac

qui a écrit 93 articles sur Zones Mutantes.

Pierre Chapignac est spécialisé dans l’analyse stratégique et le déploiement opérationnel des services, des réseaux et des actifs immatériels. Il est le fondateur du média Zones Mutantes consacré au développement socioéconomique territorial.

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